Les Amap essaiment en Alsace

Article paru dans l’Alsace le 27 mars 2012, par Elisabeth SCHULTHESS

Les associations pour le maintien de l’agriculture paysanne (Amap) se développent dans la région. Exemple avec Rhenamap, le réseau des Amap d’Alsace du sud.

Livraison de légumes à l’Amap de Mulhouse. Aujourd’hui, le sud du Haut-Rhin compte dix lieux de distribution, dont deux nouveaux, et une trentaine de producteurs. Archives Darek Szuster

« Manger bio, local et de saison. Pour notre santé, celle des agriculteurs et celle de la planète » : autant de raisons qui ont amené Céline Richard, mulhousienne et maman de deux enfants, à s’engager dans le mouvement des Amap. Un long cheminement : « Il y a quelques années, j’achetais des produits bio dans les supermarchés. Je me suis interrogée sur leur provenance, sur leur transport. » Aujourd’hui, elle nourrit sa famille grâce aux paniers Amap et à son jardin. Et elle assume le rôle de chargée de communication du réseau Rhenamap. Bénévolement. Pour développer cette agriculture paysanne biologique locale dans un esprit d’économie sociale et solidaire.

« Produire des fruits de bonne qualité, sans traitements chimiques, ne plus se laisser pressurer par la grande distribution et trouver des alternatives à l’agriculture producti- viste » : c’était les raisons qui ont amené Frédéric Schwab, arboriculteur à Muespach, à passer du conventionnel au bio et de la commercialisation en supermarchés à la vente directe. Un parcours difficile. Mais le Sundgauvien est tenace, plein d’énergie et désireux de partager ses expériences. Il a fondé le réseau Rhénamap, qui fédère aujourd’hui une trentaine de producteurs du sud de la région et une dizaine de lieux de distribution, dont deux nouveaux à Altkirch et Wittenheim. « En une année, nous sommes passés de 800 à 1 200 familles qui se sont engagées dans les Amap », souligne-t-il.

Les unes n’achètent qu’un panier de légumes par semaine. D’autres y ajoutent fromages, charcuteries, fruits, pain, bière ou miel. D’autres encore achètent une fois par mois une caissette de viande de bœuf, de veau ou d’agneau. Les formules varient selon les lieux de distribution et la proximité des producteurs.

« La dynamique est lancée, se réjouit Frédéric Schwab. Alors que chaque jour, en France, disparaît une ferme et que chaque année 400 agriculteurs se suicident, de plus en plus d’agriculteurs s’intéressent aux Amap. » Mais passer du conventionnel au bio et organiser la ferme pour fournir chaque semaine un panier varié n’est pas simple. Pour éviter de reproduire les ratages et déconvenues des débuts, Rhenamap a lancé « Graines d’Amap », des modules de formation et d’accompagnement pour les producteurs qui veulent rejoindre le réseau, où l’on insiste sur l’éthique de l’économie sociale et solidaire.

Rhenamap tente aussi de réunir collectivités locales et institutions pour imaginer une nouvelle politique du foncier, de transmission des fermes et de l’installation des jeunes qui favoriserait le développement d’une agriculture nourricière de proximité : « C’est un projet local dans un esprit global. Il faut se demander comment on alimentera la population alsacienne d’ici dix ans et de quelle qualité d’eau on disposera. L’expérience des Amap montre qu’il est possible de produire autre chose que du maïs et d’en vivre dignement », assure le président de Rhenamap.

Un possible qui repose sur l’engagement de ces « consomm’acteurs » qui paient par avance une part de la récolte de la ferme, partagée entre les « amapiens ». Quand la récolte est mauvaise, les paniers sont plus chiches. Quand elle est abondante, comme celle des fruits l’an dernier, ils débordent. Un possible qui repose sur tous ces bénévoles qui conçoivent le nouveau site internet, se font ambassadeurs des Amap pour trouver de nouvelles familles, de nouveaux financements, des idées de popularisation de la démarche.

« Nous faisons tout cela pour que dans 20 ou 30 ans, nos enfants aient encore des fermes près de chez eux et de quoi se nourrir sainement », assure Céline Richard. « Pour maintenir la biodiversité, ajoute l’arboriculteur. Les variétés et semences anciennes de fruits, légumes et céréales sont aujourd’hui très menacées. »

S’INFORMER Réunions publiques d’information : Amap Riedisheim : mercredi 4 avril à 20h, bâtiment de l’ancienne cantine, rue du Collège à Riedisheim ; Amap Altkirch : lundi 16 avril à 20h, salle du conseil général Quartier Plessier à Altkirch ; Amap Heimsbrunn : vendredi 20 avril à 20h, salle polyvalente de Heimsbrunn. Courriel : contact@rhenamap.org Listes des lieux de distribution et des producteurs sur les sites : www.rhenamap.org et www.reseau-amap.org/amap-alsace.htm

Amap : la multiplication des paniers

Article paru dans l’Alsace le 10/02/2012

Les Amap (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) rassemblent déjà plus de 300 familles à Mulhouse. Désormais, tous les jeudis soir lors de la distribution des paniers, des bénévoles tiennent un point info pour renseigner les nouveaux et futurs adhérents.

Malgré l’air glacial, l’ambiance est… chaleureuse. On n’est pas loin des -10° — sans compter les rafales de vent — mais il en faut plus pour empêcher les Amapiens, venus récupérer comme chaque semaine leurs paniers de fruits, légumes ou pain, de s’attarder pour échanger quelques mots, entre eux et avec les producteurs. « Comment vont les légumes par ce froid ? », interroge une dame dont le cabas se remplit de navets, salade, chou… « Chez nous, il y a 40 cm de neige, alors on a pratiquement tout rentré », lui répond Raphaël Gasser, maraîcher dans le Sundgau.

Entre deux stands, les consom’acteurs ne se privent pas non plus d’une pause au point info tenu par deux bénévoles du réseau Rhénamap — qui regroupe toutes les Amap du sud Alsace.

Tout en offrant à tous brioche et jus de pommes chaud, Fabienne Gardères accueille les nouveaux et futurs Amapiens. « Chaque semaine, explique-t-elle, il y a des gens qui s’arrêtent pour nous demander ce qui se passe ici… Nous sommes là pour les renseigner et aussi pour redynamiser le lieu de distribution, créer plus d’échanges et de convivialité, faire le lien entre producteurs et consom’acteurs. » Inauguré la semaine dernière, le point info sera installé désormais chaque jeudi soir lors de la distribution des paniers, à l’ancien garage Peugeot, rue de Thann à Mulhouse.

Les Amap de Mulhouse rassemblent déjà plus de 300 familles et une quinzaine de producteurs (fruits, viande, légumes, produits laitiers, poisson, pain, bière…). De nouveaux producteurs rejoignent régulièrement le réseau et la carte des lieux de distribution s’élargit : après Mulhouse, Riedisheim, Heimsbrunn, Huningue, Muespach et Schlierbach, il y a des projets pour Wittenheim et Altkirch.

Danièle est une Amapienne de la première heure. « Les produits sont bons ! Moi, je ne me nourris quasiment qu’avec les Amap, dit-elle. Et puis pour la cuisine, on se casse moins la tête : on fait en fonction du panier. Quand on a une bonne recette, on la donne au producteur et il la diffuse sur le blog de Rhénamap pour que tout le monde en profite. »

Le boulanger Hazaël Bonhert est tout aussi convaincu : « Je vends environ 40 % de mon pain par le biais des Amap. » Blé, épeautre, graines, sésame, seigle : les consom’acteurs ont le choix de la nature et de la taille du pain — avec une option brioche. « Ce sont des pains qui peuvent se garder pendant une semaine », souligne le jeune boulanger, aidé pour la distribution par des bénévoles de Rhénamap. Ces derniers ont aussi la possibilité d’apprendre à faire du pain : « C’est important pour le lien entre les gens et les aliments, estime Hazaël Bonhert. On mange différemment quand on sait comment c’est fabriqué. »

SE RENSEIGNER Point info tous les jeudis soir, lors de la distribution des paniers, de 18 h 45 à 19 h 45 à la Siam (ancien garage Peugeot), 22 rue de Thann (à côté du journal L’Alsace) à Mulhouse. Tous les renseignements sur les Amap et les lieux de distribution sur le site www.rhenamap.org

J. T. – L’Alsace